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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 18:37

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Les 9 et 10 juin dernier, près de 600 délégués du Parti communiste turc se réunissaient à Ankara pour le XI ème Congrès du Parti communiste turc (TKP)

 

Tout d'abord pour analyser l'évolution de la situation politique et économique du pays, les forces et faiblesses du pouvoir réactionnaire incarné par l'AKP, mais il s'agissait également de dégager des possibilités de changement, avant tout dans les luttes sociales et non dans une opposition institutionnelle convenue, derrière la bourgeoisie laïque turque.

 

La question Syrienne a fait l'objet d'une résolution à part, aboutissant à une condamnation sans équivoque des manœuvres de guerre du gouvernement turc, de connivence avec l'impérialisme occidental.

 

Le rapport politique présenté sous le mot d'ordre « Construire l'alternative socialiste contre le pouvoir réactionnaire », résumé ci-dessous, livre une analyse exhaustive par les communistes turcs de l'évolution d'une des puissances émergentes de ce début de XXIème siècle.

 

1 – Quelle caractérisation de l'AKP ?

 

 

L'AKP, parti bourgeois

 

 

Les communistes turcs analysent l'AKP, le parti islamiste au pouvoir en Turquie, avant tout comme un parti bourgeois. Il faut prendre avec précaution l'analyse selon laquelle l'AKP ne représente qu'une partie de la classe capitaliste, le capital vert (islamiste), entrant en conflit avec le reste de la classe capitaliste.

 

L'AKP a pu tenter de briser la résistance de certains groupes capitalistes, mais dans son ensemble les mesures de libéralisation ont favorisé le capital dans son ensemble. Selon les communistes, même les forces bourgeoises supposées contestataires comme l'Armée et le Parti du peuple républicain (CHP), ont trouvé leur place dans ce régime.

 

Le TKP prend donc ses distances avec l'idée d'une préférence pour certaines fractions de la bourgeoisie, comme le CHP, et défend fermement une politique favorable aux intérêts de la classe ouvrière.

 

Islamiste, libéral et pro-impérialiste, la cohérence de la politique de l'AKP

 

L'AKP pille les ressources publiques, casse les droits des travailleurs, ouvre de nouveaux secteurs au privé, autant de mesures favorables au grand capital, turc comme international.

 

Menant une politique pro-américaine, s'appuyant sur un islamisme militant, la politique libérale de l'AKP bénéficie de la bienveillance de l'impérialisme américain mais aussi européen, bénéficiant en Turquie d'une terre d'opportunités pour un capital en quête de profits faciles.

 

Les centres impérialistes cautionnent totalement la religionalisation de la vie politique et sociale impulsée par l'AKP, en raison de la nature contre-révolutionnaire de ce parti.

 

Un exemple parmi d'autres de cette islamisation de la société, l'introduction du système 4+4+4 [NdlR : le passage de l'éducation obligatoire de 8 à 12 années destinées à introduire des années d'enseignement religieux].

 

Le TKP réaffirme son analyse de l'AKP comme celle d'un parti religieux, collaborateur avec l'impérialisme et libéral.

 

L'AKP n'est pas un parti prolétaire

 

L'AKP se présente lui-même comme un parti plus prolétaire que les autres. Un mensonge éhonté, même si il peut compter aussi sur une base ouvrière et populaire. Il s'agit bien de la classe des capitalistes, gros et moyens, qui détient l'hégémonie politique dans le parti.

 

Cette classe utilise un discours « anti-élitiste », « anti-urbain » pour s'assurer la direction politique de certaines classes populaires, notamment rurales.

 

Les communistes articulent donc la reconquête des couches populaires et ouvrières trompées par le discours populiste de l'AKP à la construction d'une lutte politique organisée proposant une alternative socialiste crédible.

 

Le discours idéologique de l'AKP ébranlé

 

La force idéologique de l'AKP repose aussi sur le discours du « succès économique » et de la stabilité sociale. Un discours ébranlé par la réalité d'une croissance économique inégalement répartie, par une inflation galopante, un chômage massif, une situation sociale aggravée par la crise capitaliste actuelle.

 

Les communistes turcs défendent la convergence des luttes et des oppositions à la politique anti-sociale de l'AKP., refusent le discours fataliste et l'idée qu'il faut laisser la situation sociale de la classe ouvrière se dégrader pour que la révolte éclate.

 

La prise de conscience est rapide sur des questions de pouvoir d'achat mais aussi sur les questions de société internes et sur l'international.

 

Ainsi, sur la question Syrienne, la politique belliciste de type néo-ottomane de l'AKP rencontre de vives oppositions dans la société. Sur la question laïque, la population résiste à l'islamisation de la société au moment où le centre-gauche laïc, le CHP, capitule.

 

L'armée et la justice ont été domestiqués par le pouvoir islamiste, pour la simple et bonne raison que ces institutions ont toujours défendu la classe capitaliste et l'impérialisme américain.

 

Les centres de résistance à l'islamisation de la société ne sont plus institutionnels, ils sont dispersés dans la société, diffus. Une « culture de la résistance », réagissant contre les politiques cultures, éducatives, en termes de style de vie imposées par l'AKP. Une culture de la résistance fragile, qui ne peut être permanente que si elle rencontre une culture antagoniste, portée notamment par les communistes.

 

Les contradictions internes de l'AKP

 

L'AKP est une coalition hétéroclite, composée d'éléments réactionnaires, de libéraux et de mouvements religieux. Une coalition dont les contradictions sont aiguisées par la crise économique et politique.

 

Toutefois, les communistes refusent de mettre ses contradictions au centre de leur action, et de soutenir une partie de l'AKP contre l'autre, au risque de faciliter l'émergence d'une équipe de substitution du capital en cas d'implosion.

 

Mettre à jour ces contradictions n'a de sens que dans la diffusion de l'alternative socialiste, dans la dénonciation du système, dans la possibilité d'inverser le rapport de force. Fissurer la cohésion du bloc antagoniste, sans illusion sur l'un ou l'autre camp.

 

L'AKP, confrontée à une crise interne et externe, est tentée par un raidissement réactionnaire, par une politique revancharde envers les acquis républicains (de la Première république). Des acquis que les communistes sont prêts à défendre, pas à n'importe quel prix.

 

La Première république laique comme la Seconde république dominée par les islamistes furent toutes deux des « dictatures bourgeoises », le TKP prend le parti de la classe ouvrière qui doit abattre cette dictature, porter une alternative socialiste.

 

L'AKP et sa collaboration avec l'impérialisme occidental

 

Les relations entre l'AKP et les centres impérialistes sont complexes, en dépit du soutien manifesté jusqu'alors par ces derniers envers le pouvoir islamiste.

 

Les politiques favorisant la liberté de circulation du capital, les privatisations, l'intégration régionale capitaliste sont allés pleinement dans les intérêts du grand capital occidental.

 

L'AKP est le moteur d'une intégration régionale pro-américaine, capitaliste, instrumentalisant un Islam sunnite conservateur compatible avec le processus d'accumulation capitaliste, et le besoin de stabilité des puissances occidentales.

 

Néanmoins, les puissances impérialistes occidentales peuvent à tout moment cesser leur soutien à l'AKP, si la situation interne se dégrade, ou si celui-ci manifeste des intérêts contradictoires à celui de l'impérialisme, américain notamment.

 

L'hypothèse d'intérêts contradictoires entre puissances impérialistes est une autre possibilité. L'AKP peut encore bénéficier du soutien des Etats-unis, mais l'Allemagne, leader de l'UE actuelle, peut être désireuse d'un autre partenaire que le parti islamiste.

 

Les communistes voient l'AKP comme un parti extrêmement pragmatique, s'orientant vers une pratique de politique étrangère pondérée, favorisant les impérialistes Européens tout en ménageant les Américains. L'AKP jouent sur les rivalités inter-impérialistes aussi pour conserver une forme de leadership régional.

 

En tout état de cause, les communistes se refusent à jouer le jeu de telle ou telle puissance impérialiste contre le pouvoir en place. L'alternatie viendra de la lutte du peuple turc, et de lui seul.

 

2 – Quel état de la lutte de classe en Turquie, quels points d'appui?

 

La classe ouvrière

 

Les communistes en font non seulement la force première de la révolution socialiste mais aussi la force capable de faire tomber le pouvoir en place.

 

Concrètement, la classe ouvrière a connu un déclin de l'organisation syndicale, de l'idéologie socialiste après le coup d'Etat de septembre 1980. La restructuration capitaliste de la production a détruit les possibilités d'unité de la classe ouvrière.

 

Privatisations, précarité, externalisations mais aussi liquidation de certains secteurs, désindustrialisation et expansion du tertiaire ont changé la composition, les options idéologiques et les habitudes culturelles de la classe ouvrière.

 

Homogène par ses intérêts, la classe ouvrière Turque est devenue hétérogène dans sa réalité concrète. La question de l'unité de la classe ouvrière ne peut se résoudre qu'au niveau politique.

 

La première bataille est celle pour la reconquête d'une organisation syndicale sur des positions de classe, la reconstruction de syndicats de base dans toutes les branches. Les communistes se fixent comme objectif de développer l'organisation de la classe ouvrière dans toutes les branches, en y apportant un contenu politique.


Les jeunes et les femmes issus de la classe ouvrière: des forces motrices de la résistance et de la transformation sociale

 


Les jeunes sont au coeur de l'offensive du pouvoir. Influencés par l'idéologie dominante consumériste, individualiste, patronale, ils sont concrètement victimes du chômage de masse. Ils étouffent sous un mode de vie conservateur imposé par l'AKP.

 

Une part croissante de la jeunesse fait désormais pleinement partie de la classe ouvrière, prolétarisée par l'endettement étudiant, l'échec scolaire mais aussi par une "réussite universitaire" qui ne mène qu'à des emplois précaires.

 

Les communistes mettent l'accent sur l'organisation sur le lieu de travail, dans les quartiers, dans les universités. Les étudiants occupent une place importante dans l'alternative révolutionnaire portée par les communistes, tant au niveau de la production théorique et culturelle que de leur rôle comme force agissante.

 

Les femmes sont aussi frappées par l'offensive réactionnaire du pouvoir. Une bonne partie d'entre elles n'acceptent pas le mode de vie que tente de leur imposer le régime, avec un contenu de classe certes incertain.

 

Le pouvoir ne masque pas ses désirs de dégrader la condition des femmes dans la société, dans le processus de production comme dans la vie culturelle et scientifique. Les discriminations comme les attaques envers les femmes se multiplient.

 

Le TKP combat toutes les formes d'oppression mais insiste sur la nécessité de la lutte politique pour libérer les femmes turques, sans adopter une approche étroitement classiste ou simpliste, mais en reliant tout de même la question féminine avec celle du combat contre le système d'exploitation actuel et la lutte pour le socialisme.

 

La défense des droits des minorités Kurdes et Alaouites

 

Sur la question Kurde, les communistes analysent le mouvement politique Kurde comme traversé par d'intenses contradictions de classe et idéologique mais aussi comme une force de résistance progressiste, mettant en échec le pouvoir de l'AKP.

 

Alors que le mouvement Kurde dans son ensemble manifeste certains zig-zags idéologiques avec l'impérialisme européen ou américain, le mouvement Kurde en Turquie reste hermétique aux manoeuvres américaines.

 

Le TKP soutient une position de principe dialectique : changer le rapport de forces politiques interne en Turquie et défendre les revendications justes du peuple Kurde ; exprimer son opposition à l'oppression dont est victime le peuple Kurde sans s'éloigner de la perspective socialiste.

 

Concernant les Alaouites, influencés par une culture de résistance progressiste, le TKP condamne la politique agressive menée par l'AKP contre ce groupe religieux, et refuse toute forme de communautarisme.

 

Le rôle des intellectuels dans la construction de l'alternative

 

Sur le plan idéologique, les communistes turcs s'inscrivent dans une tradition politique patriotique, inspirée par les idées des Lumières, toujours pertinente dans la perspective révolutionnaire socialiste.

 

Le TKP discute encore certaines thèses, celle de la lutte des intellectuels aux côtés de la classe ouvrière ou encore le fait que la classe ouvrière produise elle-même ses propres intellectuels.

 

En tout état de cause, les communistes tentent d'organiser le monde la science, de la culture et de l'art avec de nouvelles organisations pour faire avancer la recherche socialiste.

 

L'Assemblée des socialistes mais aussi l'Association des conseils universitaires, le centre culturelNazım Hikmet, l'Académie Nazım Hikmet, et le Centre de recherche Marxiste-Léniniste sont autant d'organismes destinés à favoriser la recherche théorique et créative, en toute indépendance mais aussi en collaboration avce le mouvement communiste.

 

3 – Renforcer l'organisation communiste

 

Le Parti communiste turc (TKP) part du principe de renforcer ses liens avec le mouvement communiste international, sur des positions révolutionnaires de combat contre toute tendance au réformisme et à la collaboration de classe.

 

Un travail international construit dans la lutte contre l'impérialisme également. Les menaces qui pèsent sur la Syrie incitent au déploiement d'une campagne de solidarité internationale de soutien au peuple Syrien contre toute intervention impérialiste.

 

Enfin, le Parti doit se renforcer et renforcer ses organisations de base, en particulier sur les lieux de travail. Un nouveau journal quotidien devrait être publié par le parti dès l'automne.

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